|
J’étais ado, fauché comme tous les mômes et je trainais avec une petite bande de potos pas plus riches que moi. Plus déconneurs que délinquants, mais ça ne nous empêchait pas de temps à autre de faire quelques trucs pas recommandables histoire d’avoir un peu d’oseille. Avec mon copain Jean, on avait repéré un grand appart au rez-de-chaussée dont la fenêtre principale était souvent ouverte lorsqu’on passait devant, et qui donnait sur un beau living plein d’objets et de matos intéressant, et on s’est dit qu’une petite visite mal intentionnée mettrait du beurre dans nos épinards. Un après-midi de juin, Jean et moi on passe dans la rue, devant ce fameux appart et cette fenêtre toujours ouverte, et on décidé de se lancer. Coup d’oeil à droite, coup d’oeil à gauche et au moment de se lancer et d’entrer en loucedé par la fenêtre, Jean panique, recule et finalement décampe, me laissant planté là. Tant pis, j’y vais. Je suis dans les lieux, c’est une caverne d’Ali-Baba, je calcule déjà mentalement le blé que je vais pouvoir récupérer et tout à ma jubilation, je n’entends pas la porte de la pièce s’ouvrir. Quand je réalise que je vais me faire prendre, il est trop tard. Dans l’encadrement de la porte se tient une femme d’environ 35 ans, habillée avec classe, fort belle et très impressionnante. Elle ne semble pas surprise de me trouver là, et encore moins effrayée par sa découverte. Bien au contraire, son regard glacial me transperce, je ravale l’insolence que j’allais lui sortir et je me recroqueville sous le mépris amusé que je vois dans ses yeux. “Je euh… excusez-moi, je n’aurais pas dû je euh c’est une erreur je suis vraiment désolé je vais partir maintenant et je vous promets que je…” “Ta gueule!” me coupe-t-elle brutalement et je reste bêtement la bouche ouverte, désarçonné par cette grossièreté inattendue et le ton coupant, sec et autoritaire. “Maintenant tu vas faire très exactement ce que je te dis; si j’entends le mot *non*, d’ailleurs si j’entends quoi que ce soit sortir de ta bouche, je décroche le téléphone et dans 5 minutes tu repars entre deux poulets avec les menottes aux poignets. C’est clair?” J’hésite, ne sachant que faire. Lui obéir, elle se prend pour ma mère ou quoi? Mais si cette pétasse me balance aux flics je suis vraiment mal, je viens d’avoir 18 ans, moi… je suis trop con de m’être fait prendre aussi facilement… je n’ai pas le choix, je cède. Elle me reprend, comme une institutrice. “Oui qui? Toute honte bue, je la suis lentement. Elle ouvre une porte, c’est une chambre à coucher, je vois un lit. J’entre, elle ferme la porte derrière moi. J’attends, mal à l’aise, je regarde mes pieds. - Bien. Baisse ton pantalon, maintenant. la gifle part, sèche comme… comme une gifle. Ma joue est brûlante, de douleur et de honte. - Qu’est-ce que je t’ai dit? Obéis et tais-toi. Je déboutonne mon jean et je le laisse descendre sur mes bottes. Je me sens stupide et honteux. - mais tu es idiot, ma parole! PIF-PAF, cette fois elle m’en met deux, un aller-retour je dois avoir les joues cramoisies. Je n’ose pas réagir, elle m’impressionne trop. J’ai perdu la partie. Je baisse les yeux en reniflant, et j’obéis, le slip descend rejoindre le futal et me voilà cul nu et la quéquette à l’air devant la dame, comme un écolier. J’ai les joues encore plus rouges de honte que de douleur. - eh beh, c’est pas brillant, ce petit asticot. Tu parles d’un étalon… Sa voix glacée s’est teintée d’ironie, et c’est encore pire que la menace. Du coup, ma queue se recroqueville encore davantage, si possible. Oh que j’ai honte! - Bon, et bien tu vas tâcher de la faire durcir et de lui donner un aspect moins microscopique. Montre-moi comment tu te masturbes, gamin, je sens que ça va m’amuser un peu. J’ouvre la bouche mais en voyant sa main se lever à nouveau, j’abandonne et je m’exécute, d’abord gauchement, puis de plus en plus fébrilement, ne serait-ce que pour laver l’affront d’avoir été traité de petite bite, et au final, malgré la honte et la gêne, ou plus probablement à cause de la honte et de la gêne, je parviens à bander et je reprends quelque assurance en voyant mon bâton fièrement dressé que je commence même à branler dans la direction de ma tourmenteuse avec une certaine obscénité. “Bon”, fait-elle avec un petit rire sans chaleur, “c’est tout mignon, ça. Ca suffit comme ça. Viens ici, et mets-toi à genoux.” Il y a longtemps que j’ai perdu toute dignité ou velléité de rebellion. J’avance vers elle en me dandinant ridiculement, mon pantalon m’entravant les chevilles. Arrivé face à elle, je m’agenouille, mon visage à hauteur de son ventre. Je crois comprendre ce qu’elle va me demander et je reprends de l’assurance. Quand elle me dit “maintenant, tu vas t’occuper de moi”, je commets l’erreur de répondre d’une voix enjouée et en la regardant dans les yeux “oui, madame”. J’aurais dû me méfier, mais ce n’est qu’en soulevant sa jupe que j’ai compris que la léchouille n’en serait pas une… son petit string en dentelle noire était bien plus bombé qu’il n’aurait dû l’être, et lorsque je posai ma main sur cette bosse, ce que je sentis sous l’étoffe n’avait rien d’une chatte. Saisi de répulsion, je retire ma main en bégayant “mais mais vous n’êtes pas… vous êtes…” Elle me saisit brutalement par les cheveux en disant “je suis une victime et toi un petit voleur de merde qui va finir au commissariat, tu le comprends, ça?? Alors obéis!” et en disant cela, elle plaque mon visage contre son string, et je sens à travers l’étoffe la forme de son sexe. Elle a dit d’un ton sans réplique: “suce-moi!”, ces mots que je disais souvent à mes petites copines, mais là, c’était moi la petite copine. Mortifié, j’ai dit d’une voix faible “oui, maîtresse”, et j’ai obéi. J’ai fait glisser le string doucement et libéré son sexe face à mon visage. J’étais fasciné malgré moi. C’était la première fois que je voyais une autre bite que la mienne, sous cet angle, dans cette position. Machinalement, j’ai noté que ce pénis était apparemment plus petit que le mien, et l’aspect curieux d’un gland lorsqu’on le regarde de face. “Mais tu te débrouilles pas mal, petite salope”, elle a dit, ponctué d’un petit rire, et soudain je me suis vu, comme de l’extérieur, à genoux, le cul et la bite à l’air, en train de faire une fellation à cette fausse femme/vrai transexuel, et ce fut comme un déclic. La vague de honte qui m’a submergé à ce moment précis s’est teinté d’une excitation sexuelle très nette et j’ai senti ma propre bite durcir en quelques secondes et se dresser comme un pylône. “Mais c’est que ça t’excite, cochon. Tu bandes comme un fou. Tu aimes sucer, hein? Tu es vraiment une petite salope, en fin de compte!” et j’ai répondu un peu trop vite et avec plus d’enthousiasme que je ne l’aurais voulu “Oh oui maîtresse”. Dès lors, ayant touché le fond de la gêne, ça m’a libéré et je l’ai sucée de plus belle, sans retenue, comme la salope que j’étais devenu. Puis elle m’a dit: “viens sur le lit” et comme je m’asseyais, elle me lança une nouvelle claque sur la tête en s’écriant “mais non, abruti, mets-toi à quatre pattes, allez!” Les yeux fermés, je balançais sans cesse entre le dégoût de moi et le désir de sentir une bite entre mes fesses, mais le suspense ne dura guère. Soudain j’ai senti ses mains m’ouvrir les fesses, son gland pousser contre mon anus et j’ai essayé de m’ouvrir et me détendre le plus possible en me disant “cette fois je suis vraiment une pute et une enculée”, et ensuite encore, j’ai eu mal. Je crois que c’est ce que ma maîtresse attendait car à ce moment elle se retira de moi, toujours avec ce petit rire moqueur et une claque très sèche sur mes fesses. Je n’osais pas bouger et pendant quelques secondes, je me suis demandé ce qu’elle faisait; j’ai compris en sentant un liquide chaud gicler sur mon dos plusieurs fois qu’elle venait d’éjaculer sur moi, couronnement de ma putassisation. Rapidement, fourrageant dans un tiroir, elle en sortit un paquet de mouchoirs en papier qu’elle me lança à la tête avec un “essuie-toi et nettoie ce que tu as fait sur le lit, petit goret” avant de quitter la pièce pour se rendre, j’imagine, à la salle de bains. La dame est revenue quelques minutes plus tard. Elle avait retrouvé toute son élégance et sa froideur. Elle me lança d’un ton agacé: “que fais-tu encore planté là, crétin? Habille-toi, tu es aussi obscène que ridicule, et fiche-moi le camp de chez moi. Mais n’oublie pas: tu es entré chez moi par effraction, et tu as tenté de me voler. Si tu avais le mauvais goût de te plaindre à quiconque, tu finiras au trou, comme tous les petits cons de ton espèce. Et si jamais tu reviens, tu sais maintenant à quoi t’attendre. D’ailleurs qui sait, c’est peut-être justement ce qui te fera revenir, tu avais l’air d’adorer ton nouveau rôle, tout à l’heure”. Elle ponctua ces derniers mots d’un rire tellement narquois et chargé de mépris que je me suis enfui sans demander mon reste, le rouge aux joues. Je n’ai jamais parlé à personne de ce qui m’est arrivé ce jour-là, pas à cause de ce qu’elle m’avait fait, mais à cause de ce que j’avais fait, moi. Car si je fais semblant de m’en indigner quand j’y pense ouvertement, je sais bien que je me mens et qu’au fond de moi j’ai toujours ce délicieux frisson de honte et de plaisir quand ces images reviennent devant mes yeux… et que parfois, au creux de la nuit, dissimulé à mes propres yeux par l’obscurité, je me masturbe fébrilement en prononçant les mots humiliants à mi-voix, et il ne me faut guère longtemps pour jouir…
« Mais où tu étais ? Ca fait 28 ans que je t’attends ! » Ca lui est venu comme ça, alors il le lui a dit comme ça, sans réfléchir. Cri du cœur, cri du corps. Son jules à elle est passé devant l’écran juste à ce moment-là. Bien sûr, il a demandé qui était ce mec, et pourquoi il avait écrit ça. Elle n’a pas hésité, derechef elle a menti, inventé n’importe quoi. Peut-être parce qu’elle avait attendu 25 ans qu’on lui dise ça. En tout cas, celui-là avait déjà perdu la partie. C’est le 27 décembre qu’elle lui a envoyé sa première lettre. Non, pas une lettre, un paquet, un « truc », tout à son image, avec des mots dans tous les sens, des dessins, des cartes postales couvertes de commentaires malicieux et son parfum sur l’enveloppe. C’est là qu’il l’a dit pour la première fois. « Je t’aime ». Des lettres d’amour il en avait déjà reçues, mais jamais de « truc ». Il a pris le « truc » à témoin. Il lui a dit : « Elle est géniale. Je l’aime ! » C’est le 27 janvier qu’elle est venue chez lui, à Paris. Première rencontre. Non, seconde rencontre en vérité. Ils s’étaient déjà croisés quelques années auparavant, s’étaient regardés sans se voir, sans se remarquer, chacun embarqué dans sa propre histoire, sa propre vie, sa propre bulle, et chacun n’a gardé qu’une vague image de l’autre, bien trop petite, bien trop floue. Il est sur le quai de la gare et il est gelé, mais lui n’a pas peur. C’est même la première fois qu’il n’a pas peur. Il n’est pas spécialement sexy ni très beau, et il a été brutalement repoussé plus souvent qu’à son tour, mais là il sait que ça n’arrivera pas, parce que le Père Noël existe, qu’il vient de passer, et que ça ne doit pas arriver. Parce qu’elle sera belle et qu’elle va le trouver beau et que ce sera génial. Non, parce que c’est déjà génial. Et puis soudain elle est là, sur le marchepieds, et elle n’a plus le temps d’avoir peur. Il la regarde droit dans les yeux, ses yeux noirs et fiers d’Andalouse, et dans ce regard il voit le reflet du sien et il sait qu’ils ont gagné. Elle est belle, elle le trouve beau, elle le rend beau. Elle vient à lui, il ouvre ses bras, ils s’embrassent avec force, avec violence, comme pour évacuer les dernières traces de doute et sceller la victoire. Il l’a emmenée chez lui. Ils sont sur le canapé, collés-serrés, l’un contre l’autre. Il parle, il dit n’importe quoi et elle répond n’importe quoi, et d’ailleurs aucun des deux n’écoute. Il la regarde intensément, il essaie de capturer son image tout entière, de la graver en lui, de la fondre en lui. Il la dévore des yeux, il la dévore tout court. Il embrasse doucement chacun de ses doigts, la paume de sa main, son poignet, son cou. Il retrouve le parfum, ce parfum qu’elle met sur ses lettres et il voudrait rester là tout le temps, parce qu’à ce moment-là tout l’univers tient entre son épaule et sa joue. Elle a dit qu’elle avait très faim, alors ils sont allés dîner. Dans la voiture, il fredonne un morceau de Queen et elle lui dit « Chante pour moi aussi », alors sa voix s’élève et il chante pour elle. « … soon your hope will rise and then, from all this gloom life can start anew, and there’ll be no crying soon… ». Il la regarde du coin de l’œil, elle a le sourire émerveillé d’une petite fille et pendant un instant, il est plus grand que Freddie Mercury, parce qu’il est sa star à elle. Ils sont au restaurant et pendant le dîner, elle regarde dehors, à travers la vitrine, une fois, puis deux, et soudain laisse échapper à mi-voix : « Mais qu’est-ce qu’elle a, celle-là, à regarder mon mec comme ça ? ». Il est interloqué et perplexe. D’ordinaire il supporte mal les femmes jalouses, d’autant que c’est rarement justifié dans son cas, mais là, pendant une demi-seconde, il se sent flatté. Cette façon qu’elle a eu de dire « mon mec »… Il se rengorge comme un paon puis marmonne d’un air qu’il espère aussi modeste que possible « mfffff je n’ai pas remarqué ». Ils ont vite dîné, ils sont vite rentrés. Mais ils ne sont pas restés longtemps sur le canapé. C’était déjà bien trop fort entre eux, pas de place pour les chichis et les fausses pudeurs. Elle a dit : « Et si on se fourrait sous la couette, mon chéri ? » et ils sont allés sous la couette, et sur la couette, et sur le lit, et contre le lit, et sur la moquette, explorateurs du monde de la chambre à coucher, explorateurs de leurs désirs. De sa voix malicieuse, une voix sur deux tons, comme celle de Bardot, elle a dit : « En amour, y a rien de sale », alors ils se sont aimés de toutes les façons possible, pendant 4 jours. Le monde entier tenait dans cette chambre, il la prenait et elle se donnait, il se donnait et elle le recevait. Il était ivre d’elle, de son odeur, du grain de sa peau, de ses petits seins dressés, de sa croupe fière, et toujours ses yeux si noirs et si intenses qui le faisaient se sentir beau. Elle était affamée de lui, de ses mains sur son corps, elle voulait le sentir en lui, encore et encore, tout le temps, qu’il ne se détache jamais plus de son ventre, enfin, si, quelques secondes, reprendre sa respiration, se coller contre le mur frais, laisser les ondes de plaisir se retirer lentement et déjà elle voulait le sentir à nouveau se dresser et durcir dans sa main, entre ses lèvres, entre ses reins. Elle a dû repartir chez elle et c’était comme une blessure béante qui saignait pendant trois semaines. Ce lien brûlant entre eux ne supportait pas l’absence. Ils avaient fusionné dans la passion avec une telle violence que désormais ils n’étaient plus complets sans l’autre. Ils passaient des heures au téléphone, des nuits entières sans grand-chose à se dire, c’était la musique des mots qu’ils écoutaient, ressassant les mêmes phrases encore et encore, comme une poésie qu’on dit à deux voix. Elle est revenue fin février, puis fin mars, puis fin avril. Et chaque fois c’était une camisole de flammes dévorantes qui les entourait, une spirale sans fin de passion et de désirs toujours satisfaits et pourtant toujours renouvelés. Et chaque fois c’était plus intense, plus fort, plus loin. C’est le 27 mai qu’il l’a trompée. Il a pensé que c’était sans doute parce qu’il ne l’aimait pas assez, ou bien c’est ce dont il voulait se convaincre pour arriver à se supporter. En réalité, il l’a trompée parce qu’il l’aimait trop, et il avait peur. Pour la première fois, il n’avait plus le contrôle de sa vie, de ses pensées, de ses désirs. Il lui appartenait à elle. Elle aurait pu lui demander n’importe quoi et il l’aurait fait. D’ailleurs c’était déjà le cas. Un jour elle lui avait demandé : « Plus tard, quand on sera installés, tu me feras un bébé ? » et lui qui n’avait jamais voulu d’enfant, il avait répondu « Oui », et sans mentir. Rien que pour le bonheur de la voir sourire. Et il savait qu’il le ferait. Cette pensée, cette voie ouverte vers tous les possibles, pour autant que ce fût avec elle, il l’avait trouvée enivrante au début, mais maintenant elle l’angoissait un peu plus chaque jour. Bien sûr, l’autre fille était jolie. Très jolie, même. Et bien sûr, c’est parce qu’il rayonnait de bonheur qu’elle l’a remarqué, alors que d’autres du même modèle l’avaient rudement repoussé autrefois. Et bien sûr, c’est parce qu’il se sentait devenu beau et séduisant qu’il a été flatté dans sa vanité et s’est dit que désormais, toutes les jolies femmes le voulaient. Mais la vérité, c’est qu’il avait peur, peur d’être désormais deux pour l’éternité, alors pour redevenir lui et rien que lui, il a cassé son jouet et brisé le cercle. Se jeter dans les flammes de l’enfer et du nevermore pour échapper à celles de la passion, se couper une main pour ne pas qu’on la lui tienne. Y eut-il jamais plus stupide idée? C’est le 27 juin qu’ils ont rompu. Qu’il a rompu. Sur ce même quai de la Gare de Lyon, il a tranché le cou de son propre bonheur. Ils sont face à face, essaient de trouver des mots, quelque chose à dire, n’importe quoi, quelque chose de doux, de pas définitif, n’y parviennent pas. Ils se sont promis de rester dignes, de ne pas sombrer dans le mélodrame, mais ils n’y parviennent pas non plus. Les larmes coulent sans discontinuer derrière ses lunettes de soleil, mais elle reste silencieuse, et ce reproche muet est pire que n’importe quelle scène et il pleure aussi, comme un gamin. Il pleure sur elle, sur lui-même, sur eux, il pleure à l’idée de ce qu’il est en train de faire, qu’il n’a aucune envie de faire mais qu’il croit devoir faire pour sa propre sauvegarde, le sombre idiot. Entre l’effrayant bonheur d’un avenir à deux et la rassurante facilité d’une aventure sans passion, il a choisi la facilité, et il croit que c’est le bon choix. Si pour une fois, il avait été un peu moins mec et un peu plus nana, s’il avait écouté son cœur et son instinct et pas sa raison, ou ce qu’il croit être la raison, il saurait que son choix n’est pas le bon, et qu’il ne sera pas non plus facile, finalement. Mais il n’a plus de recul et plus de lucidité. Il est rongé de doute et de culpabilité. Il n’a pas osé avouer son infidélité, peut-être par lâcheté, ou parce qu’au fond de lui, il ne veut pas fermer toutes les portes, et puis il a promis à sa maîtresse de ne rien avouer, parce qu’elle se rend compte qu’elle a brisé une belle histoire, qu’elle n’assume pas et ne veut surtout pas se retrouver au milieu et admettre sa responsabilité. Mais il s’est convaincu que s’il a trompée son Unique, sa moitié de lui-même, c’était par manque d’amour, parce que c’était plus facile et que ça confortait sa décision, alors c’est ça qu’il lui a dit. « Je me suis sans doute trompé, je ne t’aime pas autant que je le croyais. » Il marche sur le quai. Il fait très chaud, le soleil brille, stupidement. Il revoit ce soir de janvier où un vent glacé lui avait apporté la joie et ressent une bouffée de haine terrible pour ce temps absurdement beau, ce ciel trop bleu. Sa jolie maîtresse l’a plaqué au bout de 3 semaines. Maintenant qu’il était libre et disponible et qu’ils pouvaient s’afficher au grand jour, ça n’avait plus rien d’amusant ni d’excitant, alors ciao jeune homme, je m’en vais chercher un autre amant secret et torturé plus intéressant que vous. Il lui en a voulu, un peu, au début, mais pas tant que ça. Il tenait à elle pour ce qu’elle était : une aventure facile et rassurante. Et il comprenait à présent qu’une aventure facile et rassurante, ce n’était pas du tout ce qu’il voulait. Qui rêve d’eau tiède quand on a goûté à la liqueur forte de la passion ? Et aujourd’hui, bien des années plus tard, il sent souvent sa présence auprès de lui, au cœur de la nuit. Il sent son parfum, et il comprend ce qu’elle voulait dire. « Il y aura toujours un petit bout de toi en moi, et un petit bout de moi en toi… »
Sa tête bougea sur l’oreiller; Christine avança son visage un peu plus près, “C’est bon, c’est doux, si doux. C’est la première fois que je ressens ça!” Elle eut un petit rire, gentiment moqueur: “Ca, je m’en suis rendu compte! - Qu’est-ce que tu veux dire? - Que j’ai bien vu que c’était la première fois qu’on t’embrassait sur la bouche: - Je ne comprends pas? - Sophie, quand un garçon embrasse une fille, ils ouvrent la bouche, et leur Elle rit de nouveau et dit: “Entrouvre tes lèvres, je vais te montrer!” Je sentis sa tête se soulever dans le noir, comme la première fois. J’entrouvris Les lèvres de Christine se posèrent à nouveau sur les miennes, douces et délicieuses Christine soudain recula son visage, abandonnant mes lèvres offertes à sa caresse. “Alors, ça t’a plu? Tu vois comme c’est meilleur avec la langue? - Christine, embrasse-moi encore s’il te plaît, s’il te plaît, c’est si bon! - Oui Soph’, c’est promis, je vais t’embrasser, mais tu sais, il n’y a pas que ça! Je repensai à Isabelle, ma copine de lycée à Paris. Si c’était aussi bon que Christine se colla encore davantage à moi. Je sentais la peau nue de ses jambes. Les doigts de Christine étaient comme des plumes, virevoltant sur mes seins, Soudainement, les effleurements s’arrêtèrent. Sa main se referma sur un sein, Pendant que sa main sous mon t-shirt caressait mes seins, Christine ne cessait Sa main soudain abandonna ma poitrine. Surprise, j’ouvris les yeux, mais elle Le manuscrit de Sophie s’interrompt brutalement et définitivement à cet
Les lits que Christine et moi occupions étaient situés tout au fond du dortoir, L’extinction des feux avait lieu à 22 heures, mais il y avait déjà bien longtemps Je ne savais plus quoi faire. Je n’aurais pu dire ce qui l’emportait en moi de Je ne sais combien de temps je restai immobile dans le noir, les yeux grands “Je voulais être sûre que toutes les filles dorment”, chuchota-t-elle. “Maintenant - C’est pour ça que tu as attendu si longtemps? - Ben oui bien sûr. Elles sont si connes, elles seraient capables de nous balancer J’esquissai le geste de me retourner mais Christine me retint fermement, “Qu’est-ce qu’il y a? - Je veux d’abord que tu me dises plusieurs choses; on s’est promis de ne - oui, jamais se mentir et tout se dire, je sais bien. Pourquoi? - Soph’, c’est vrai que tu n’es jamais sortie avec un garçon? Jamais jamais? - Jamais jamais, et tu le sais très bien!” Je ne l’aurais jamais avoué à qui que ce soit d’autre, fille ou garçon, mais “Tu ne sais vraiment pas comment ça se passe alors? - Je ne suis pas crétine non plus, je regarde la télé, le cinoche aussi. Pourquoi - Viens, maintenant, retourne-toi…” Je fis demi-tour dans le lit et me retrouvai face à Christine; je ne pouvais pas “Je vais t’embrasser comme un garçon, tu vas voir…”
Le reste de la journée me sembla durer des siècles. Les profs se succédèrent Tant bien que mal, nous arrivâmes tout de même à la fin des cours, puis au Ce n’étaient pas la première fois qu’ils nous observaient. Les garçons regardaient Soudain, quelque chose se refléta derrière la fenêtre. C’était vrai, ils avaient “Je vais leur faire Gilda! Evelyne s’approcha et se plaça au centre de la fenêtre, prenant un air innocent. Tout d’abord les autres filles n’avaient pas bougé, à la fois envieuses et “Regardez ma Lune, elle vous plaît?” Pendant ce temps, Evelyne ne s’était pas arrêtée de danser; elle avait une Je me sentais bizarre. Je n’avais jamais vu un tel spectacle. Je n’aimais pas Je m’approchai, toujours flanquée de Christine. Je n’avais pas envie de participer Je poussai Valérie, une des deux autres filles qui se montraient, et je regardai “Alors, tu as vu? - Non, ils étaient trop loin et… - Ne t’inquiète pas”, coupa-t-elle, puis à mi-voix: “Je te l’ai dit, je te montrerai Elle me sourit en disant ces mots, du même sourire secret et prometteur que ” Ce soir…”, répéta-t-elle à nouveau dans un murmure, avant de se diriger
|
|