J’étais ado, fauché comme tous les mômes et je trainais avec une petite bande de potos pas plus riches que moi. Plus déconneurs que délinquants, mais ça ne nous empêchait pas de temps à autre de faire quelques trucs pas recommandables histoire d’avoir un peu d’oseille.

Avec mon copain Jean, on avait repéré un grand appart au rez-de-chaussée dont la fenêtre principale était souvent ouverte lorsqu’on passait devant, et qui donnait sur un beau living plein d’objets et de matos intéressant, et on s’est dit qu’une petite visite mal intentionnée mettrait du beurre dans nos épinards.

Un après-midi de juin, Jean et moi on passe dans la rue, devant ce fameux appart et cette fenêtre toujours ouverte, et on décidé de se lancer. Coup d’oeil à droite, coup d’oeil à gauche et au moment de se lancer et d’entrer en loucedé par la fenêtre, Jean panique, recule et finalement décampe, me laissant planté là. Tant pis, j’y vais.

Je suis dans les lieux, c’est une caverne d’Ali-Baba, je calcule déjà mentalement le blé que je vais pouvoir récupérer et tout à ma jubilation, je n’entends pas la porte de la pièce s’ouvrir. Quand je réalise que je vais me faire prendre, il est trop tard.

Dans l’encadrement de la porte se tient une femme d’environ 35 ans, habillée avec classe, fort belle et très impressionnante. Elle ne semble pas surprise de me trouver là, et encore moins effrayée par sa découverte. Bien au contraire, son regard glacial me transperce, je ravale l’insolence que j’allais lui sortir et je me recroqueville sous le mépris amusé que je vois dans ses yeux.

“Je euh… excusez-moi, je n’aurais pas dû je euh c’est une erreur je suis vraiment désolé je vais partir maintenant et je vous promets que je…”

“Ta gueule!” me coupe-t-elle brutalement et je reste bêtement la bouche ouverte, désarçonné par cette grossièreté inattendue et le ton coupant, sec et autoritaire.

“Maintenant tu vas faire très exactement ce que je te dis; si j’entends le mot *non*, d’ailleurs si j’entends quoi que ce soit sortir de ta bouche, je décroche le téléphone et dans 5 minutes tu repars entre deux poulets avec les menottes aux poignets. C’est clair?”
- ….
- C’est clair? Tu obéis ou c’est les flics. J’attends.

J’hésite, ne sachant que faire. Lui obéir, elle se prend pour ma mère ou quoi? Mais si cette pétasse me balance aux flics je suis vraiment mal, je viens d’avoir 18 ans, moi… je suis trop con de m’être fait prendre aussi facilement… je n’ai pas le choix, je cède.
“Oui, j’ai compris”

Elle me reprend, comme une institutrice. “Oui qui?
- Oui… madame
- Ca ira, pour le moment. Viens par ici!”

Toute honte bue, je la suis lentement. Elle ouvre une porte, c’est une chambre à coucher, je vois un lit. J’entre, elle ferme la porte derrière moi. J’attends, mal à l’aise, je regarde mes pieds.

- Bien. Baisse ton pantalon, maintenant.
- Quoi?

la gifle part, sèche comme… comme une gifle. Ma joue est brûlante, de douleur et de honte.

- Qu’est-ce que je t’ai dit? Obéis et tais-toi.
- oui, madame.

Je déboutonne mon jean et je le laisse descendre sur mes bottes. Je me sens stupide et honteux.

- mais tu es idiot, ma parole!
- ??
- le pantalon ET le slip. Allez, déculotte-toi, petit con!
- non, pas le slibard, pas question, je

PIF-PAF, cette fois elle m’en met deux, un aller-retour je dois avoir les joues cramoisies. Je n’ose pas réagir, elle m’impressionne trop. J’ai perdu la partie. Je baisse les yeux en reniflant, et j’obéis, le slip descend rejoindre le futal et me voilà cul nu et la quéquette à l’air devant la dame, comme un écolier. J’ai les joues encore plus rouges de honte que de douleur.

- eh beh, c’est pas brillant, ce petit asticot. Tu parles d’un étalon…

Sa voix glacée s’est teintée d’ironie, et c’est encore pire que la menace. Du coup, ma queue se recroqueville encore davantage, si possible. Oh que j’ai honte!

- Bon, et bien tu vas tâcher de la faire durcir et de lui donner un aspect moins microscopique. Montre-moi comment tu te masturbes, gamin, je sens que ça va m’amuser un peu.

J’ouvre la bouche mais en voyant sa main se lever à nouveau, j’abandonne et je m’exécute, d’abord gauchement, puis de plus en plus fébrilement, ne serait-ce que pour laver l’affront d’avoir été traité de petite bite, et au final, malgré la honte et la gêne, ou plus probablement à cause de la honte et de la gêne, je parviens à bander et je reprends quelque assurance en voyant mon bâton fièrement dressé que je commence même à branler dans la direction de ma tourmenteuse avec une certaine obscénité.

“Bon”, fait-elle avec un petit rire sans chaleur, “c’est tout mignon, ça. Ca suffit comme ça. Viens ici, et mets-toi à genoux.”

Il y a longtemps que j’ai perdu toute dignité ou velléité de rebellion. J’avance vers elle en me dandinant ridiculement, mon pantalon m’entravant les chevilles. Arrivé face à elle, je m’agenouille, mon visage à hauteur de son ventre. Je crois comprendre ce qu’elle va me demander et je reprends de l’assurance.

Quand elle me dit “maintenant, tu vas t’occuper de moi”, je commets l’erreur de répondre d’une voix enjouée et en la regardant dans les yeux “oui, madame”.
Erreur vite sanctionnée. Une grosse claque sur la tête me rappelle ma situation, puis elle rajoute “non: *oui, MAITRESSE* ” et je m’exécute d’une voix redevenue humble. “Oui, maîtresse”. Humble, mais toujours assurée. Si la punition pour m’être introduit chez cette belle dominatrice est une léchouille, je crois que je vais revenir souvent!

J’aurais dû me méfier, mais ce n’est qu’en soulevant sa jupe que j’ai compris que la léchouille n’en serait pas une… son petit string en dentelle noire était bien plus bombé qu’il n’aurait dû l’être, et lorsque je posai ma main sur cette bosse, ce que je sentis sous l’étoffe n’avait rien d’une chatte.

Saisi de répulsion, je retire ma main en bégayant “mais mais vous n’êtes pas… vous êtes…”

Elle me saisit brutalement par les cheveux en disant “je suis une victime et toi un petit voleur de merde qui va finir au commissariat, tu le comprends, ça?? Alors obéis!” et en disant cela, elle plaque mon visage contre son string, et je sens à travers l’étoffe la forme de son sexe.

Elle a dit d’un ton sans réplique: “suce-moi!”, ces mots que je disais souvent à mes petites copines, mais là, c’était moi la petite copine. Mortifié, j’ai dit d’une voix faible “oui, maîtresse”, et j’ai obéi. J’ai fait glisser le string doucement et libéré son sexe face à mon visage. J’étais fasciné malgré moi. C’était la première fois que je voyais une autre bite que la mienne, sous cet angle, dans cette position. Machinalement, j’ai noté que ce pénis était apparemment plus petit que le mien, et l’aspect curieux d’un gland lorsqu’on le regarde de face.
J’ai saisi doucement la queue de ma main droite, approché ma bouche et comme j’hésitais encore elle a redit “Allez, suce!” et j’ai pris sa queue dans ma bouche, essayant de me rappeler les gestes de ma copine: descendre le long de la bite en décalottant le gland, remonter, branler avec ma main en même temps, aspirer sans trop presser. Ca devait être convenable car elle a commencé à bander, le sexe dans ma bouche grossissait et devenait dur.

“Mais tu te débrouilles pas mal, petite salope”, elle a dit, ponctué d’un petit rire, et soudain je me suis vu, comme de l’extérieur, à genoux, le cul et la bite à l’air, en train de faire une fellation à cette fausse femme/vrai transexuel, et ce fut comme un déclic. La vague de honte qui m’a submergé à ce moment précis s’est teinté d’une excitation sexuelle très nette et j’ai senti ma propre bite durcir en quelques secondes et se dresser comme un pylône.

“Mais c’est que ça t’excite, cochon. Tu bandes comme un fou. Tu aimes sucer, hein? Tu es vraiment une petite salope, en fin de compte!” et j’ai répondu un peu trop vite et avec plus d’enthousiasme que je ne l’aurais voulu “Oh oui maîtresse”.

Dès lors, ayant touché le fond de la gêne, ça m’a libéré et je l’ai sucée de plus belle, sans retenue, comme la salope que j’étais devenu.
Je pensais qu’elle allait vouloir jouir dans ma bouche et que cette torture exquise (ou cet affreux délice) serait terminée, mais elle a soudain rejeté ma tête en arrière en me tirant les cheveux en disant “ça suffit!”

Puis elle m’a dit: “viens sur le lit” et comme je m’asseyais, elle me lança une nouvelle claque sur la tête en s’écriant “mais non, abruti, mets-toi à quatre pattes, allez!”
Cette fois, pas besoin de me faire un dessin, j’ai compris ce qui allait m’arriver! Un instant de panique, un dernier sursaut d’orgueil, et puis, encore une fois, j’ai cédé. Mélange d’humiliation, du plaisir de cette humiliation, ou fantasme refoulé que je voulais vivre avec l’alibi de la contrainte? Je ne sais pas, au juste, mais je sais que j’ai obéi sans regimber, dans mon rôle de salope. Je me suis mis en levrette, j’ai tendu mon cul en écartant les fesses, priant pour qu’elle ne le fasse pas, priant aussi pour qu’elle le fasse, alternativement. A nouveau, j’ai repensé à ma copine que j’aimais baiser en levrette, la traitant de chienne et de salope, et je l’ai imaginé me voyant soudain à sa place, et cette vision m’a fait doublement bander. L’esprit est vraiment mystérieux, parfois…

Les yeux fermés, je balançais sans cesse entre le dégoût de moi et le désir de sentir une bite entre mes fesses, mais le suspense ne dura guère. Soudain j’ai senti ses mains m’ouvrir les fesses, son gland pousser contre mon anus et j’ai essayé de m’ouvrir et me détendre le plus possible en me disant “cette fois je suis vraiment une pute et une enculée”, et ensuite encore, j’ai eu mal.
Je savais ou du moins je me doutais que ce serait pénible, mais là j’ai eu vraiment très mal, une vive brûlure et l’impression que quelque chose me fendait en deux. Quand je faisais ça avec mes copines, on utilisait toujours de la vaseline, mais là, recouvert de ma seule salive, le sexe de ma tourmenteuse, bien que modeste, me donnait l’impression d’être empalé.
Je n’ai pas pu retenir le cri de douleur, et ça m’a valu une triple punition: elle m’a pris par les hanches et a enfoncé sa bite aussi loin et aussi fort qu’elle a pu, me défonçant le cul, puis j’ai reçu une claque derrière la tête et enfin d’une main elle a saisi mes couilles et ma queue et a serré très fort, et j’ai retenu à grand-peine un autre cri.
Ensuite elle a relâché un peu sa prise et commencé à me masturber lentement, son sexe immobile entre mes fesses. Peu à peu, mon anus a commencé à se détendre, la douleur s’est atténuée et sa main droite qui me branlait ressuscitait mon excitation. Alors, elle a repris ses va et vient lentement, allant plus loin et plus vite de façon progressive et mesurée, et cette fois, ce fut différent. Je puis l’avouer sans fard, à l’abri de l’anonymat, très vite je n’ai plus eu mal, et ensuite j’ai commencé à éprouver de l’excitation et du plaisir. Comme quand j’avais dû la sucer, le mélange d’excitation et d’humiliation peut faire très vite grimper l’envie, et lorsqu’elle m’a dit “gémis, putasse, dis que tu aimes ça”, je me suis laissé aller totalement, plus encore que ce qu’elle me demandait. J’ai gémi et couiné obscènement, tendant la croupe, j’ai crié tout ce qu’elle voulait et tout ce que je gardais en moi comme fantasmes honteux; je me souviens avoir dit des choses comme: “oh oui maîtresse je suis votre pute votre petite chienne je suis un sale petit pédé j’aime être une enculée défoncez-moi le cul” parmi 100 autres cochonneries. Je m’excitais moi-même de mes mots, et je m’imaginais de l’extérieur, à quatre pattes avec cette belle femme à bite qui me prenait le cul, je sentais ses mains me tenir les hanches comme à une jeune fille et chaque va et vient de sa queue était une petite vague de plaisir. Et ce qui devait arriver arriva: sa bite entra en moi jusqu’à la garde, un spasme m’envahit, irrésistible et je me rendis compte l’instant suivant que je venais d’éjaculer sur le couvre-lit. Un filet de sperme finissait de couler lentement de mon gland tandis que je débandais peu à peu.

Je crois que c’est ce que ma maîtresse attendait car à ce moment elle se retira de moi, toujours avec ce petit rire moqueur et une claque très sèche sur mes fesses. Je n’osais pas bouger et pendant quelques secondes, je me suis demandé ce qu’elle faisait; j’ai compris en sentant un liquide chaud gicler sur mon dos plusieurs fois qu’elle venait d’éjaculer sur moi, couronnement de ma putassisation.

Rapidement, fourrageant dans un tiroir, elle en sortit un paquet de mouchoirs en papier qu’elle me lança à la tête avec un “essuie-toi et nettoie ce que tu as fait sur le lit, petit goret” avant de quitter la pièce pour se rendre, j’imagine, à la salle de bains.
Je fis ce qu’elle avait dit. J’ai nettoyé le sperme gluant de mes reins et celui que j’avais giclé sur le lit, essayant de nettoyer le mieux possible; après quoi, j’ai attendu, ne sachant que faire, le pantalon et le slip toujours aux chevilles. Le plaisir était passé, mais pas la honte. Je revoyais ce qui venait de se passer, ce que j’avais subi, mais surtout ce que j’avais fait et dit, et j’étais mortifié d’être devenu une salope docile si facilement.

La dame est revenue quelques minutes plus tard. Elle avait retrouvé toute son élégance et sa froideur. Elle me lança d’un ton agacé: “que fais-tu encore planté là, crétin? Habille-toi, tu es aussi obscène que ridicule, et fiche-moi le camp de chez moi. Mais n’oublie pas: tu es entré chez moi par effraction, et tu as tenté de me voler. Si tu avais le mauvais goût de te plaindre à quiconque, tu finiras au trou, comme tous les petits cons de ton espèce. Et si jamais tu reviens, tu sais maintenant à quoi t’attendre. D’ailleurs qui sait, c’est peut-être justement ce qui te fera revenir, tu avais l’air d’adorer ton nouveau rôle, tout à l’heure”. Elle ponctua ces derniers mots d’un rire tellement narquois et chargé de mépris que je me suis enfui sans demander mon reste, le rouge aux joues.

Je n’ai jamais parlé à personne de ce qui m’est arrivé ce jour-là, pas à cause de ce qu’elle m’avait fait, mais à cause de ce que j’avais fait, moi. Car si je fais semblant de m’en indigner quand j’y pense ouvertement, je sais bien que je me mens et qu’au fond de moi j’ai toujours ce délicieux frisson de honte et de plaisir quand ces images reviennent devant mes yeux… et que parfois, au creux de la nuit, dissimulé à mes propres yeux par l’obscurité, je me masturbe fébrilement en prononçant les mots humiliants à mi-voix, et il ne me faut guère longtemps pour jouir…



« Mais où tu étais ? Ca fait 28 ans que je t’attends ! »

Ca lui est venu comme ça, alors il le lui a dit comme ça, sans réfléchir. Cri du cœur, cri du corps.
Ils auraient pu ne jamais se parler, ils auraient pu ne jamais se reparler. D’ailleurs parler n’est pas le mot juste; s’écrire, plutôt. Ils étaient loin, lui à Paris, elle à Montélimar, en télétravail tous les deux. Il l’a contactée pour l’enguirlander, elle s’est rebiffée, ça s’est réglé rapidement mais ils ont continué à parler, un peu, beaucoup, longtemps, très longtemps.
Très vite, il a été intrigué, captivé, fasciné. Ils parlaient de tout, de rien, et toujours elle avait le mot juste, le mot drôle, le mot attendu, le mot inattendu. Comme si elle lisait dans ses pensées et savait la phrase qu’il attendait. Un moment, il a même pensé qu’elle le faisait exprès, qu’elle jouait un rôle, qu’elle jouait avec lui. Au milieu des propos anodins, il a glissé des questions-pièges, juste pour voir. Et il a compris qu’elle était vraie, parce qu’elle ne donnait pas la bonne réponse, elle donnait sa réponse et c’était toujours mieux. Il ne parlait pas à une femme idéale, mais à une femme tout court, drôle et vive, pertinente et impertinente, géniale. C’est pour ça qu’il lui a dit ça. Pas pour l’épater, mais parce que c’était vrai. Il l’attendait depuis 28 ans.

Son jules à elle est passé devant l’écran juste à ce moment-là. Bien sûr, il a demandé qui était ce mec, et pourquoi il avait écrit ça. Elle n’a pas hésité, derechef elle a menti, inventé n’importe quoi. Peut-être parce qu’elle avait attendu 25 ans qu’on lui dise ça. En tout cas, celui-là avait déjà perdu la partie.

C’est le 27 décembre qu’elle lui a envoyé sa première lettre. Non, pas une lettre, un paquet, un « truc », tout à son image, avec des mots dans tous les sens, des dessins, des cartes postales couvertes de commentaires malicieux et son parfum sur l’enveloppe. C’est là qu’il l’a dit pour la première fois. « Je t’aime ». Des lettres d’amour il en avait déjà reçues, mais jamais de « truc ». Il a pris le « truc » à témoin. Il lui a dit : « Elle est géniale. Je l’aime ! »

C’est le 27 janvier qu’elle est venue chez lui, à Paris. Première rencontre. Non, seconde rencontre en vérité. Ils s’étaient déjà croisés quelques années auparavant, s’étaient regardés sans se voir, sans se remarquer, chacun embarqué dans sa propre histoire, sa propre vie, sa propre bulle, et chacun n’a gardé qu’une vague image de l’autre, bien trop petite, bien trop floue.
Et maintenant il est là, sur un quai de la Gare de Lyon, il l’attend, il l’espère. Il fait froid mais il s’en fiche.
Elle, dans le TGV, elle a chaud, mais elle a peur. Elle est jolie, elle est sexy. Chaque fois qu’elle a séduit un garçon, elle savait déjà qu’elle lui plaisait. Mais là c’est différent. Pour la première fois, elle est entrée dans une histoire par des mots, et soudain, tout ce qu’elle a vécu avant ne suffit pas à la rassurer. Elle doute, alors pour conjurer l’angoisse, dans son dernier message, elle a forcé le trait. « J’ai pris 20 kilos cet hiver, je suis énorme. Tu vas t’enfuir en me voyant ». Elle mentait, bien sûr. Il lui a répondu : « Je m’en fiche, même si tu fais 150 kilos, je t’aime quand même ! » et bien sûr il mentait, lui aussi.

Il est sur le quai de la gare et il est gelé, mais lui n’a pas peur. C’est même la première fois qu’il n’a pas peur. Il n’est pas spécialement sexy ni très beau, et il a été brutalement repoussé plus souvent qu’à son tour, mais là il sait que ça n’arrivera pas, parce que le Père Noël existe, qu’il vient de passer, et que ça ne doit pas arriver. Parce qu’elle sera belle et qu’elle va le trouver beau et que ce sera génial. Non, parce que c’est déjà génial.

Et puis soudain elle est là, sur le marchepieds, et elle n’a plus le temps d’avoir peur. Il la regarde droit dans les yeux, ses yeux noirs et fiers d’Andalouse, et dans ce regard il voit le reflet du sien et il sait qu’ils ont gagné. Elle est belle, elle le trouve beau, elle le rend beau. Elle vient à lui, il ouvre ses bras, ils s’embrassent avec force, avec violence, comme pour évacuer les dernières traces de doute et sceller la victoire.
Une petite voix moqueuse, dernière étincelle de lucidité, lui murmure à l’oreille que ça ressemble à un roman-photos pour ménagères, qu’il ne manque que les violons, mais il l’a trop souvent entendue, cette fois il ne l’écoute pas.

Il l’a emmenée chez lui. Ils sont sur le canapé, collés-serrés, l’un contre l’autre. Il parle, il dit n’importe quoi et elle répond n’importe quoi, et d’ailleurs aucun des deux n’écoute. Il la regarde intensément, il essaie de capturer son image tout entière, de la graver en lui, de la fondre en lui. Il la dévore des yeux, il la dévore tout court. Il embrasse doucement chacun de ses doigts, la paume de sa main, son poignet, son cou. Il retrouve le parfum, ce parfum qu’elle met sur ses lettres et il voudrait rester là tout le temps, parce qu’à ce moment-là tout l’univers tient entre son épaule et sa joue.
Elle porte un petit pull de laine ocre ( « Terre de Sienne brûlée », il se corrige mentalement et sourit en pensant à sa mère, artiste-peintre, qui lui répète sans cesse qu’il n’est pas fichu de reconnaître une couleur ), il glisse doucement sa main sous le pull, caresse l’arrondi d’un sein. Il sourit. Elle ne porte pas de soutien-gorge, elle ne s’est pas cru obligée de jouer les séductrices, elle sait qu’elle l’a déjà et qu’il l’a déjà, elle est libre et naturelle, elle est comme lui, et il l’aime encore davantage.
Elle frissonne et le gronde, lui reproche sa hardiesse. Fausse colère des mots et complicité du regard qui brille. Déjà ils jouent, déjà ils sont un couple.

Elle a dit qu’elle avait très faim, alors ils sont allés dîner. Dans la voiture, il fredonne un morceau de Queen et elle lui dit « Chante pour moi aussi », alors sa voix s’élève et il chante pour elle. « … soon your hope will rise and then, from all this gloom life can start anew, and there’ll be no crying soon… ». Il la regarde du coin de l’œil, elle a le sourire émerveillé d’une petite fille et pendant un instant, il est plus grand que Freddie Mercury, parce qu’il est sa star à elle.

Ils sont au restaurant et pendant le dîner, elle regarde dehors, à travers la vitrine, une fois, puis deux, et soudain laisse échapper à mi-voix : « Mais qu’est-ce qu’elle a, celle-là, à regarder mon mec comme ça ? ». Il est interloqué et perplexe. D’ordinaire il supporte mal les femmes jalouses, d’autant que c’est rarement justifié dans son cas, mais là, pendant une demi-seconde, il se sent flatté. Cette façon qu’elle a eu de dire « mon mec »… Il se rengorge comme un paon puis marmonne d’un air qu’il espère aussi modeste que possible « mfffff je n’ai pas remarqué ».

Ils ont vite dîné, ils sont vite rentrés. Mais ils ne sont pas restés longtemps sur le canapé. C’était déjà bien trop fort entre eux, pas de place pour les chichis et les fausses pudeurs. Elle a dit : « Et si on se fourrait sous la couette, mon chéri ? » et ils sont allés sous la couette, et sur la couette, et sur le lit, et contre le lit, et sur la moquette, explorateurs du monde de la chambre à coucher, explorateurs de leurs désirs. De sa voix malicieuse, une voix sur deux tons, comme celle de Bardot, elle a dit : « En amour, y a rien de sale », alors ils se sont aimés de toutes les façons possible, pendant 4 jours. Le monde entier tenait dans cette chambre, il la prenait et elle se donnait, il se donnait et elle le recevait. Il était ivre d’elle, de son odeur, du grain de sa peau, de ses petits seins dressés, de sa croupe fière, et toujours ses yeux si noirs et si intenses qui le faisaient se sentir beau. Elle était affamée de lui, de ses mains sur son corps, elle voulait le sentir en lui, encore et encore, tout le temps, qu’il ne se détache jamais plus de son ventre, enfin, si, quelques secondes, reprendre sa respiration, se coller contre le mur frais, laisser les ondes de plaisir se retirer lentement et déjà elle voulait le sentir à nouveau se dresser et durcir dans sa main, entre ses lèvres, entre ses reins.

Elle a dû repartir chez elle et c’était comme une blessure béante qui saignait pendant trois semaines. Ce lien brûlant entre eux ne supportait pas l’absence. Ils avaient fusionné dans la passion avec une telle violence que désormais ils n’étaient plus complets sans l’autre. Ils passaient des heures au téléphone, des nuits entières sans grand-chose à se dire, c’était la musique des mots qu’ils écoutaient, ressassant les mêmes phrases encore et encore, comme une poésie qu’on dit à deux voix.

Elle est revenue fin février, puis fin mars, puis fin avril. Et chaque fois c’était une camisole de flammes dévorantes qui les entourait, une spirale sans fin de passion et de désirs toujours satisfaits et pourtant toujours renouvelés. Et chaque fois c’était plus intense, plus fort, plus loin.

C’est le 27 mai qu’il l’a trompée. Il a pensé que c’était sans doute parce qu’il ne l’aimait pas assez, ou bien c’est ce dont il voulait se convaincre pour arriver à se supporter. En réalité, il l’a trompée parce qu’il l’aimait trop, et il avait peur. Pour la première fois, il n’avait plus le contrôle de sa vie, de ses pensées, de ses désirs. Il lui appartenait à elle. Elle aurait pu lui demander n’importe quoi et il l’aurait fait. D’ailleurs c’était déjà le cas. Un jour elle lui avait demandé : « Plus tard, quand on sera installés, tu me feras un bébé ? » et lui qui n’avait jamais voulu d’enfant, il avait répondu « Oui », et sans mentir. Rien que pour le bonheur de la voir sourire. Et il savait qu’il le ferait. Cette pensée, cette voie ouverte vers tous les possibles, pour autant que ce fût avec elle, il l’avait trouvée enivrante au début, mais maintenant elle l’angoissait un peu plus chaque jour.
Bien sûr, elle vivait la même chose et lui appartenait autant que lui à elle, elle le lui avait avoué, mais il n’y pensait pas. Cette pénible sensation d’être dépossédé de son libre-arbitre, de ses choix, de sa lucidité l’obsédait. Il se sentait tellement uni à elle qu’il craignait de se perdre, lui.

Bien sûr, l’autre fille était jolie. Très jolie, même. Et bien sûr, c’est parce qu’il rayonnait de bonheur qu’elle l’a remarqué, alors que d’autres du même modèle l’avaient rudement repoussé autrefois. Et bien sûr, c’est parce qu’il se sentait devenu beau et séduisant qu’il a été flatté dans sa vanité et s’est dit que désormais, toutes les jolies femmes le voulaient. Mais la vérité, c’est qu’il avait peur, peur d’être désormais deux pour l’éternité, alors pour redevenir lui et rien que lui, il a cassé son jouet et brisé le cercle. Se jeter dans les flammes de l’enfer et du nevermore pour échapper à celles de la passion, se couper une main pour ne pas qu’on la lui tienne. Y eut-il jamais plus stupide idée?

C’est le 27 juin qu’ils ont rompu. Qu’il a rompu. Sur ce même quai de la Gare de Lyon, il a tranché le cou de son propre bonheur. Ils sont face à face, essaient de trouver des mots, quelque chose à dire, n’importe quoi, quelque chose de doux, de pas définitif, n’y parviennent pas. Ils se sont promis de rester dignes, de ne pas sombrer dans le mélodrame, mais ils n’y parviennent pas non plus. Les larmes coulent sans discontinuer derrière ses lunettes de soleil, mais elle reste silencieuse, et ce reproche muet est pire que n’importe quelle scène et il pleure aussi, comme un gamin. Il pleure sur elle, sur lui-même, sur eux, il pleure à l’idée de ce qu’il est en train de faire, qu’il n’a aucune envie de faire mais qu’il croit devoir faire pour sa propre sauvegarde, le sombre idiot. Entre l’effrayant bonheur d’un avenir à deux et la rassurante facilité d’une aventure sans passion, il a choisi la facilité, et il croit que c’est le bon choix. Si pour une fois, il avait été un peu moins mec et un peu plus nana, s’il avait écouté son cœur et son instinct et pas sa raison, ou ce qu’il croit être la raison, il saurait que son choix n’est pas le bon, et qu’il ne sera pas non plus facile, finalement. Mais il n’a plus de recul et plus de lucidité. Il est rongé de doute et de culpabilité. Il n’a pas osé avouer son infidélité, peut-être par lâcheté, ou parce qu’au fond de lui, il ne veut pas fermer toutes les portes, et puis il a promis à sa maîtresse de ne rien avouer, parce qu’elle se rend compte qu’elle a brisé une belle histoire, qu’elle n’assume pas et ne veut surtout pas se retrouver au milieu et admettre sa responsabilité. Mais il s’est convaincu que s’il a trompée son Unique, sa moitié de lui-même, c’était par manque d’amour, parce que c’était plus facile et que ça confortait sa décision, alors c’est ça qu’il lui a dit. « Je me suis sans doute trompé, je ne t’aime pas autant que je le croyais. »
Il a honte de lui dire ces mots, à celle qu’il aime tellement que ça le terrifie, à celle qu’il avait attendue 28 ans, alors il pleure, mais il le fait quand même.
Elle lui dit : « quoi qu’il arrive, il restera toujours un petit bout de toi en moi, et un petit bout de moi en toi », et il sourit au milieu de ses larmes, parce que jusqu’au dernier moment, elle aura toujours trouvé l’expression juste. Elle est géniale. Pourquoi il fait ça ? Mais il le fait quand même. Il regarde pour la dernière fois ses beaux yeux sombres et y voit toujours son reflet, et c’est un reflet d’une infinie tristesse, la couleur du gâchis, du bonheur brisé, du rêve enfui.
Elle remet ses lunettes de soleil, se retourne, monte dans le wagon. Les portes se referment, le train part, c’est fini.

Il marche sur le quai. Il fait très chaud, le soleil brille, stupidement. Il revoit ce soir de janvier où un vent glacé lui avait apporté la joie et ressent une bouffée de haine terrible pour ce temps absurdement beau, ce ciel trop bleu.
Il se dit : « Enfin, c’est fait, au moins j’ai choisi, je vais pouvoir dormir et profiter tranquillement sans me poser de questions », mais il n’est même pas arrivé au bout du quai quand il comprend qu’il se ment, qu’il s’est toujours menti, qu’il vient de commettre un crime contre lui-même et son avenir. Le dernier wagon n’a même pas disparu à l’horizon et déjà elle lui manque affreusement. En quelques secondes, comme pour ceux qui vont mourir, il se prend tout dans la figure, ses mots, le ton de sa voix, toutes ses mimiques inimitables qui la rendaient unique, il sent son parfum encore sur lui, il voit ses yeux plein de larmes et son estomac se tord et se noue. Il essaie de toutes ses forces de ne plus penser à rien parce qu’il sent que si le dernier voile se déchire, il va réaliser ce qu’il vient de faire et il verra la longue route de chagrin qui l’attend.
Mais c’est trop tard. Il l’a fait, et elle est partie. En lui disant qu’il ne l’aimait pas, à elle qui l’aimait plus que tout, il lui a fait mal, au plus profond d’elle-même. Sa belle Andalouse, si fière de lui, sera désormais fière contre lui. Elle ne reviendra pas.

Sa jolie maîtresse l’a plaqué au bout de 3 semaines. Maintenant qu’il était libre et disponible et qu’ils pouvaient s’afficher au grand jour, ça n’avait plus rien d’amusant ni d’excitant, alors ciao jeune homme, je m’en vais chercher un autre amant secret et torturé plus intéressant que vous. Il lui en a voulu, un peu, au début, mais pas tant que ça. Il tenait à elle pour ce qu’elle était : une aventure facile et rassurante. Et il comprenait à présent qu’une aventure facile et rassurante, ce n’était pas du tout ce qu’il voulait. Qui rêve d’eau tiède quand on a goûté à la liqueur forte de la passion ?

Et aujourd’hui, bien des années plus tard, il sent souvent sa présence auprès de lui, au cœur de la nuit. Il sent son parfum, et il comprend ce qu’elle voulait dire. « Il y aura toujours un petit bout de toi en moi, et un petit bout de moi en toi… »



Sa tête bougea sur l’oreiller; Christine avança son visage un peu plus près,
et soudain ses lèvres se posèrent sur les miennes. Elles étaient douces, chaudes,
elles avaient son parfum que j’aimais tant. Elles remuaient doucement sur ma
bouche, sans appuyer, caressant mes lèvres. Puis la tête de Christine se reposa
sur l’oreiller. Je restai immobile, sans un mot, sentant encore la caresse…
Je parvins à dire:

“C’est bon, c’est doux, si doux. C’est la première fois que je ressens ça!”

Elle eut un petit rire, gentiment moqueur:

“Ca, je m’en suis rendu compte!

- Qu’est-ce que tu veux dire?

- Que j’ai bien vu que c’était la première fois qu’on t’embrassait sur la bouche:
tu as gardé les lèvres serrées comme si tu avais peur que je te morde!

- Je ne comprends pas?

- Sophie, quand un garçon embrasse une fille, ils ouvrent la bouche, et leur
langue se touche!”

Elle rit de nouveau et dit:

“Entrouvre tes lèvres, je vais te montrer!”

Je sentis sa tête se soulever dans le noir, comme la première fois. J’entrouvris
les lèvres ainsi qu’elle l’avait dit, et j’attendis que revienne la caresse, tendue
et frissonnante à son approche…

Les lèvres de Christine se posèrent à nouveau sur les miennes, douces et délicieuses
comme une fraise mûre. Soudain quelque chose glissa entre mes lèvres, tiède
et humide, entra tout doucement dans ma bouche et se posa sur ma langue,
jouant avec elle, s’enroulant autour, s’échappant soudain pour revenir l’instant
d’après par-dessous, sucrée et si tendre…
Un lent frisson montait dans mon dos. Je ressentais cette même sensation troublante
que j’avais eue en regardant Evelyne nue dans les lavabos, et je sentais mon
entrecuisse mouillé de sueur.

Christine soudain recula son visage, abandonnant mes lèvres offertes à sa caresse.
Je serrai son bras fortement, presque méchamment, pour la retenir, pour que
ce plaisir dure encore, mais il était déjà trop tard.

“Alors, ça t’a plu? Tu vois comme c’est meilleur avec la langue?

- Christine, embrasse-moi encore s’il te plaît, s’il te plaît, c’est si bon!

- Oui Soph’, c’est promis, je vais t’embrasser, mais tu sais, il n’y a pas que ça!
Je vais te caresser comme un garçon le ferait. Tu veux bien?”

Je repensai à Isabelle, ma copine de lycée à Paris. Si c’était aussi bon que
le baiser, bien sûr que je voulais!

Christine se colla encore davantage à moi. Je sentais la peau nue de ses jambes.
A travers le tissu, ses seins dressés se frottaient aux miens. A nouveau, la
tendre chair de sa bouche se posa sur mes lèvres, et nos langues se trouvèrent.
Je sentais le frisson renaître au creux de mes reins; ses lèvres douces semblaient
sucer et aspirer ma langue comme la pulpe d’un fruit.
Le bras qu’elle avait passé autour de mon épaule se mit à descendre le long
de mon flanc, et sa main se posa sur ma cuisse, au bas de mon t-shirt. Elle le
souleva, et je sentis le contact sur ma peau de ses doigts chauds, presque brûlants.
Puis sa main commença à remonter lentement sur mes hanches, sur mon ventre,
et ma peau frémissait le long du tracé de ses doigts, comme un fourmillement
délicieux.
Quand elle se posa sur mes seins, j’eus un tremblement involontaire, presque
un sursaut. Ces seins dont j’étais “affligée”, qui me semblaient si gros et disproportionnés
par rapport aux autres filles, si inutiles, tellement voyants, des seins de femme
sur une toute jeune fille…

Les doigts de Christine étaient comme des plumes, virevoltant sur mes seins,
les effleurant à peine, suivant les courbes, glissant dans le creux, en traçant
les contours, puis s’attardant sur les tétons, les pressant doucement entre deux
doigts, les faisant rouler sur sa paume… Je respirais à peine, par à-coups,
ressentant pour la première fois le plaisir dans ma poitrine gonflée. Mes tétons
si durs et tendus, si sensibles sous les doigts de Christine qu’ils me faisaient
presque mal.

Soudainement, les effleurements s’arrêtèrent. Sa main se referma sur un sein,
le pétrissant, le malaxant avec force et cette brusque pression sur ma poitrine
rendue si sensible par les attouchements fit monter à mes lèvres un gémissement
de plaisir que je ne pus retenir.

Pendant que sa main sous mon t-shirt caressait mes seins, Christine ne cessait
de m’embrasser, déposant de petits baisers tout autour de ma bouche, passant
sa langue sur mes lèvres ouvertes, sur mes joues et la pointe de ma langue.
J’haletais doucement sans bouger, tendue à l’extrême, offerte à ses caresses,
à toutes ces sensations nouvelles et merveilleuses. J’étais si bien!

Sa main soudain abandonna ma poitrine. Surprise, j’ouvris les yeux, mais elle
continuait à embrasser mon visage et sa main descendait lentement. Passant
entre les seins, le bout de ses doigts glissait lentement vers mon ventre qui
se contractait sous la caresse. Puis sa main se souleva légèrement, semblant
hésiter, et se posa d’un seul coup sur mon pubis. A nouveau un petit cri
faillit s’échapper de mes lèvres et je le retins à grand’peine. C’était la toute
première fois qu’une autre main que la mienne touchait la partie la plus secrète
de mon corps, et sans que ce soit pour faire ma toilette!
Avec son index, elle traça plusieurs fois le contour du triangle, effleurant les
poils avec le dos de la main, descendant vers l’intérieur d’une cuisse, remontant
l’autre pente… Les yeux clos, dans l’obscurité totale, je ne sentais plus que
mon ventre, j’étais mon ventre qui se contractait au rythme de ma respiration,
les lèvres de Christine partout sur mon visage, et ses doigts sur mon pubis…
Sa main descendit, glissa entre mes cuisses et pressa doucement. Je compris
qu’elle voulait que j’écarte les jambes et j’obéis sans hésiter. J’étais totalement
offerte, abandonnée, soumise à cette main qui me faisait tant de bien.
Sans honte, sans gêne, sans pudeur; je n’éprouvais plus rien d’autre que
ce plaisir et l’envie qu’il ne s’arrête pas. Sous le drap, je lui ouvris mes cuisses.
Son doigt suivit le contour des lèvres, lentement, très lentement, les ouvrant
doucement, glissant et s’insinuant dans la fente trempée de ce que j’appelais
encore de la “sueur”, remontant et descendant, déclenchant à chaque mouvement
une nouvelle bouffée de bien-être…

Le manuscrit de Sophie s’interrompt brutalement et définitivement à cet
endroit. Je ne puis que supposer qu’à force de rappeler à sa mémoire ces souvenirs
brûlants, elle s’est tellement auto-érotisée qu’elle a interrompu le récit pour
savourer pleinement les images qui défilaient devant ses yeux, ou peut-être
que le désir était si fort qu’elle a dû le soulager de quelque manière…



Les lits que Christine et moi occupions étaient situés tout au fond du dortoir,
là où la pièce faisait un angle et créait une sorte de renfoncement qui nous
masquait aux yeux de Fifi, si bien qu’elle devait traverser tout le dortoir pour
contrôler si nous étions couchées et endormies. Ca nous laissait amplement
le temps d’arrêter nos conversations et d’avoir l’air de deux gentilles petites
filles sages lorsqu’elle surgissait, le bruit de ses pas l’ayant précédé d’une bonne
vingtaine de mètres…

L’extinction des feux avait lieu à 22 heures, mais il y avait déjà bien longtemps
que j’avais enfilé mon t-shirt de nuit ( la tenue réglementaire était le pyjama
- ou la chemise de nuit pour Mireille - mais le maxi t-shirt était toléré, à condition
d’enfiler quelque chose par-dessus pour nous rendre aux toilettes ou aux lavabos ).
Depuis le spectacle troublant d’Evelyne, Christine n’avait plus fait allusion à
sa promesse; je ne pensais qu’à ça depuis l’heure de la toilette, mais je ne
voulais pas en reparler la première. Christine parlait de choses et d’autres,
du repas, de Mireille qui occupait le troisième lit du fond, bref de tout et de rien,
mais semblait refuser toute allusion à la scène des lavabos comme à ce qu’elle
m’avait promis, et j’étais au supplice. A 22 heures, lorsque Fifi vint éteindre
les lumières et contrôler, elle avait déjà enfilé son t-shirt et était couchée.
Après le départ de la grande girafe, elle me lança un “bonsoir” ensommeillé
et se tourna de l’autre côté sans rien ajouter!

Je ne savais plus quoi faire. Je n’aurais pu dire ce qui l’emportait en moi de
la surprise ou de la déception. Je ne comprenais pas le comportement de mon
amie, et puis, impossible de l’appeler ou de me lever: la plupart des filles ne
dormaient pas encore, surtout cette imbécile de Mireille qui était tout près.

Je ne sais combien de temps je restai immobile dans le noir, les yeux grands
ouverts; plusieurs heures sans doute. Le dortoir était entièrement silencieux,
à l’exception des respirations ou des ronflements des dormeuses. Je ne voulais
pas dormir, moi, et surtout je ne pouvais pas dormir, tant mon sentiment
de frustration était fort.
Je m’étais tournée sur le côté, face au mur, lorsque j’entendis un léger bruit
derrière moi, puis une présence et en un instant je sentis quelqu’un soulever
les couvertures et se glisser dans le lit, contre mon dos. Christine!
Je reconnus immédiatement son odeur et j’allais ouvrir la bouche pour parler
quand sa main vint se plaquer sur mes lèvres; nous restâmes ainsi immobiles
et silencieuses pendant plusieurs minutes. Enfin elle retira sa main et approcha
ses lèvres de mon oreille:

“Je voulais être sûre que toutes les filles dorment”, chuchota-t-elle. “Maintenant
ça va, on peut parler.

- C’est pour ça que tu as attendu si longtemps?

- Ben oui bien sûr. Elles sont si connes, elles seraient capables de nous balancer
à Fifi!”

J’esquissai le geste de me retourner mais Christine me retint fermement,
me maintenant le dos tourné. Je m’étonnai:

“Qu’est-ce qu’il y a?

- Je veux d’abord que tu me dises plusieurs choses; on s’est promis de ne
jamais se mentir.

- oui, jamais se mentir et tout se dire, je sais bien. Pourquoi?

- Soph’, c’est vrai que tu n’es jamais sortie avec un garçon? Jamais jamais?

- Jamais jamais, et tu le sais très bien!”

Je ne l’aurais jamais avoué à qui que ce soit d’autre, fille ou garçon, mais
Christine, c’était différent…

“Tu ne sais vraiment pas comment ça se passe alors?

- Je ne suis pas crétine non plus, je regarde la télé, le cinoche aussi. Pourquoi
tu insistes avec ça?

- Viens, maintenant, retourne-toi…”

Je fis demi-tour dans le lit et me retrouvai face à Christine; je ne pouvais pas
la distinguer dans le noir, mais je sentais son visage tout près du mien, sur
l’oreiller, et son souffle chaud sur mes lèvres. Nous étions serrées l’une contre
l’autre. Elle avait passé son bras par-dessus mes épaules et je sentais ses
seins pressés contre les miens sous le tissu. Je ne dis rien, attendant qu’elle
parle à nouveau.

“Je vais t’embrasser comme un garçon, tu vas voir…”



Le reste de la journée me sembla durer des siècles. Les profs se succédèrent
sans que je parvienne à noter ni à comprendre quoi que ce soit hormis des
bribes de phrases incohérentes qui de toute façon ne m’intéressaient pas du
tout. Plus j’essayais de penser à autre chose, et moins j’y arrivais; je tournais
et retournais dans ma tête ce “branler” que je ne connaissais pas. Il me semblait
bien en fait l’avoir déjà entendu, dans des conversations de garçons, au milieu
de rires et d’autres bêtises, mais ça ne m’éclairait pas davantage sur le sens
de ce verbe. Et puis, il y avait ce curieux sourire de Christine, et cette promesse
pleine d’attraits…

Tant bien que mal, nous arrivâmes tout de même à la fin des cours, puis au
dîner, et enfin à l’heure de la toilette. Fifi entra dans les lavabos, inspecta puis
referma la porte. Ce fut le déchaînement; les filles se précipitèrent vers la
fenêtre avec des cris et des rires vite étouffés pour ne pas alerter Fifi.
Je m’approchai également avec Christine, pour voir de quoi il s’agissait.
Hélas, déception, il semblait n’y avoir personne derrière la fenêtre des garçons.
Peut-être n’étaient-ils pas encore aux lavabos? Et puis soudain ils apparurent;
une première silhouette tout d’abord, puis plusieurs autres. Massées de chaque
côté de la fenêtre, les filles attendaient.

Ce n’étaient pas la première fois qu’ils nous observaient. Les garçons regardaient
souvent par la fenêtre des lavabos, essayant de nous voir toutes nues, mais
ils étaient bien trop loin pour bien distinguer ou pouvoir dire laquelle des
filles ils avaient vue. Du coup nous n’étions pas vraiment gênées, sauf la prude
Mireille qui avait trouvé là un bon prétexte pour ne jamais ôter son unique
culotte.

Soudain, quelque chose se refléta derrière la fenêtre. C’était vrai, ils avaient
des jumelles! Les filles s’écartèrent de la fenêtre en poussant de petits cris
effarouchés, puis, n’y tenant plus, elles revinrent, Evelyne la première:

“Je vais leur faire Gilda!
- Qui?
- vous allez voir!”

Evelyne s’approcha et se plaça au centre de la fenêtre, prenant un air innocent.
Soudain, elle se mit à remuer le bassin, comme si elle entendait de la musique
et qu’elle dansait. Elle se retourna vers nous, le dos à la fenêtre, et commença
à dégrafer son soutien-gorge. Quand il fut ouvert, elle le retint un instant
puis le laissa glisser à terre et se retourna brusquement vers la fenêtre en
souriant.
Elle avait bien moins de poitrine que moi, des seins petits et pointus tout
dressés.
Je n’avais jamais vu Evelyne comme ça. Elle continuait à onduler du bassin
en souriant, et elle avait pris ses seins dans ses mains et les massait et les
pétrissait; puis ses mains descendirent le long de son ventre, et elle commença
à faire glisser son slip sur ses hanches, toujours riant et oscillant jusqu’à ce
qu’elle se retrouve complètement nue devant la vitre.

Tout d’abord les autres filles n’avaient pas bougé, à la fois envieuses et
craintives; puis, encouragées par l’exemple d’Evelyne, deux autres filles
s’étaient approchées de la vitre, déjà nues, gloussant et chahutant. L’une des
deux se retourna soudain, colla ses fesses sur la fenêtre et s’écria:

“Regardez ma Lune, elle vous plaît?”

Pendant ce temps, Evelyne ne s’était pas arrêtée de danser; elle avait une
main sur son sexe et elle remuait son ventre d’avant en arrière en poussant
des gémissements étouffés…

Je me sentais bizarre. Je n’avais jamais vu un tel spectacle. Je n’aimais pas
Evelyne, et pourtant je me sentais curieusement attirée par elle. Je ne comprenais
pas pourquoi elle gémissait de la sorte, ni ce qu’il m’arrivait. J’étais troublée,
et je sentais de la sueur couler entre mes cuisses.

Je m’approchai, toujours flanquée de Christine. Je n’avais pas envie de participer
au spectacle, et je savais que Christine non plus. Le seul garçon qui n’avait
pas l’air d’un gamin avait des boutons plein la figure, et il était grand et maigre
comme un coucou…
Je n’avais pas envie de me montrer à ces petits crétins, et je n’imaginais
pas alors l’effet que mes seins pouvaient produire!
Non, ce que je voulais absolument voir, c’était ce qu’ils faisaient là-bas; je
voulais les voir “se branler”!

Je poussai Valérie, une des deux autres filles qui se montraient, et je regardai
par la fenêtre. Je fus très déçue; tout ce que je pus voir, c’étaient plusieurs
silhouettes de garçons collés à la fenêtre, apparemment nus, avec une main
sur le bas-ventre. Pour tout dire, ils avaient l’air de se gratter le ventre!
J’eus beau cligner des yeux, je ne pus rien distinguer d’autre. J’étais dépitée
et furieuse. Je m’écartai de la fenêtre et revins vers Christine. J’allais lui
faire part de ma déception, mais avant même que je n’ouvre la bouche, elle
me dit:

“Alors, tu as vu?

- Non, ils étaient trop loin et…

- Ne t’inquiète pas”, coupa-t-elle, puis à mi-voix: “Je te l’ai dit, je te montrerai
tout à l’heure…”

Elle me sourit en disant ces mots, du même sourire secret et prometteur que
je lui avais vu le matin pendant le cours.
Je sentis un frisson naître dans mon ventre, parcourir mon corps. Je tremblai
involontairement et passai rapidement la main sur mes seins nus que je
sentais tendus, durs, érigés.
Le désir, que je ressentais pour la première fois sans savoir encore le reconnaître,
l’excitation couvaient dans mon ventre.
Je suivis le regard de Christine posé sans pudeur aucune sur mes seins;
elle avait forcément remarqué les tétons durs qui pointaient. Je rougis violemment.
Suivant à son tour mon regard qui suivait le sien, voyant mon geste instinctif
pour dérober mes seins insolents à son regard impudique, elle eut un
petit rire chaleureux et ses yeux brillèrent. Ce n’était pas un ricanement
moqueur, c’était un rire doux et chaud, le rire de mon amie Christine.

” Ce soir…”, répéta-t-elle à nouveau dans un murmure, avant de se diriger
vers un lavabo.