Des groupes-témoins d’hommes hétéros-bi-gays, et de femmes hétéros-bi- lesbiennes ont été scientifiquement testés sur leurs réactions à des stimuli sexuels ( essentiellement des images érotiques et X ).

Il ressort de cette étude deux faits capitaux:

- la composante bisexuelle est bel et bien majoritaire chez les femmes: parmi les sujets (plusieurs centaines ) testés, une minorité n’a réagi qu’à des images masculines, et une autre minorité à des images féminines. La majorité des femmes a présenté des réactions signifiantes à des images représentant des corps nus de femmes ET d’hommes, et/ou à des images de rapports sexuels hétéros ET lesbiens.

- la composante bisexuelle est ultra-minoritaire voire inexistante chez les hommes: parmi les sujets testés, la proportion communément admise ( soit 10 à 15% ) a réagi à des images de type gay, corps d’hommes ou images de relations sexuelles, et la plus grande partie à des images hétéros traditionnelles de femmes nues ou de couples classiques. Un pourcentage infime ( ce qu’on appelle chez les scientifiques “peu signifiant” ) a réagi de manière égale, ou signifiante, à des images gay et des images hétéros, y compris parmi les sujets s’étant déclarés “bi” avant les tests.
Ce qui confirme bien que la bisexualité masculine réelle et vécue ( allant au-delà des simples fantasmes de sexualité multiple présents chez tous les individus ), sans aller jusqu’à dire qu’elle n’existe pas, ne concerne qu’un très faible nombre d’individus.

En l’occurrence, la richesse sensuelle, la complexité psychologique, les ressorts très divers de l’érotisme féminin expliquent aisément que leur éventail sexuel soit lui aussi plus riche, plus étendu, moins catégoriel.

A l’inverse, la sexualité masculine, plus strictement physique que sensuelle, plus monolithique, plus fétichiste, plus importante aussi pour la définition de son identité globale, est bien plus tranchée:
on est “hétéro” ou “pédé”, et rarement bi.

Au-delà des chiffres, des paramètres et des pourcentages, il est évident qu’un certain nombre de facteurs favorisent ce passage à l’acte (bi)sexuel chez les femmes, tandis qu’ils le freine chez les hommes : il est culturellement « admis » qu’une femme apprécie le physique d’une autre femme sans que cela suscite l’équivoque, tandis qu’un homme manifestant un intérêt esthétique pour l’un de ses congénères suscitera presque toujours la curiosité et les interrogations quant à ses orientations sexuelles.
De même, la proximité corporelle et les manifestations physiques d’affection entre amies sont monnaie courante. Une femme peut faire « un câlin » à sa copine déprimée, tandis que le même geste entre deux hommes est implicitement prohibé ( atteinte à l’image virile ) ou à l’inverse, est une expression affichée d’homosexualité.

On pourrait multiplier les exemples : entre amies proches, hormis certaines femmes particulièrement pudiques, la nudité est assumée et détaillée, comparée, souvent matière à plaisanteries complices. A l’inverse, dans les rares cas où deux ou plusieurs hommes nus sont en présence ( essentiellement dans un cadre sportif. Vestiaires, douches… ), chacun évite soigneusement de détailler l’anatomie de l’autre ( ce qui serait considéré comme une attitude ambiguë et sexuellement connotée ), ou bien le fait de manière caricaturale et moqueuse, de manière à supprimer toute notion éventuelle de désir, réel ou potentiel.
On le voit bien, il existe de nombreuses passerelles permettant à deux femmes proches de glisser, consciemment ou non, d’un rapport amical à quelque chose d’autre. Comme il a été dit plus haut, la bisexualité étant déjà potentiellement présente dans la psyché féminine, ce glissement n’apparaît pas comme une modification radicale de la personne, de sa nature ou de son identité de femme.
Sans aller jusqu’à prétendre que c’est un acte anodin, on peut le voir comme la réalisation d’un désir latent et pré-existant à son objet, et qui ne va pas remettre en question la définition globale de soi. L’immense majorité des femmes ayant admis avoir eu une aventure féminine ne se reconnaissent pas lesbiennes et ne veulent pas renoncer à des rapports amoureux et sexuels avec des partenaires masculins. La liaison homosexuelle n’est pas perçue comme concurrente à une aventure hétérosexuelle ( comme le croient certains hommes ), et pas davantage comme inférieure ou anecdotique par rapport à une « vraie » aventure ( comme le croient d’autres hommes ) ;
elle est complémentaire et supplémentaire, comme si la sensualité féminine était trop riche et trop vaste pour être entièrement contentée par sa contrepartie masculine seule.



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