Pour les sexologues, c’est une fellation, et ça fait partie des rapports bucco-génitaux.
Pour les copains au bar du coin, c’est une sucette, une turlute, une pipe, une plume.

Pour les gens de lettres, toujours appliqués à chercher l’expression qui ne choquera point les âmes sensibles et réjouira les autres, c’est « une petite gâterie ».

Et finalement, c’est exactement ça. Une gâterie, un cadeau, quelque chose que l’on offre à son partenaire, et comme tout cadeau, qui procure autant de plaisir à celui qui le donne qu’à celui qui le reçoit. Un moyen, un des mille moyens qu’ont deux amants de partager leur désir, de se donner du bonheur l’un à l’autre, de se donner tout court. Tout ce qui sépare la joie des corps du devoir conjugal, l’érotisme du missionnaire. Mais si, le missionnaire, vous savez bien. Maman sur le dos, Papa dessus, dans le noir, le samedi soir, quand les enfants sont couchés. Le remède à l’amour. Cachez ce corps que je ne saurais voir, et d’ailleurs ne le touchez pas non plus.

Selon une étude réalisée il y a quelques années, 45% des femmes interrogées ont indiqué ne jamais ou très rarement prodiguer de fellation à leur partenaire. Chiffre stupéfiant, chiffre incroyable. On ne parle pas ici de pratiques hors-normes, de sexualité exotique réservée aux adultes avertis, nom d’une pipe
( pardon… difficile de ne pas la faire, celle-là… ), mais d’une caresse de base, de la simple prise en compte du corps et du désir de son partenaire de vie et de vit. Comment peut-on à ce point ignorer la sensualité de l’homme qu’on aime ?

La principale raison invoquée de ce refus, ouvert ou implicite, serait une image « dégradante » ou
« humiliante » associée à cette caresse. Comme si quoi que ce soit d’échangé entre deux partenaires qui se désirent mutuellement pouvait être dégradant.
« En amour, y a rien de sale », comme disait une jeune fille de notre connaissance. Il n’y a pas de geste, de position, de caresse dégradants. Un acte n’est dégradant que s’il est voulu comme tel, que s’il est perçu comme tel. L’homme qui rentre chez lui après s’être saoulé et culbute sa femme sans tendresse et sans lui demander son avis, ça c’est dégradant, même s’il le fait de la façon la plus traditionnelle qui soit.

Découvrir le corps de son amant, apprendre ses zones sensibles, deviner la caresse qui va lui arracher un gémissement de plaisir, un frisson, ça ne peut pas être dégradant, c’est gratifiant, au contraire.
D’autant que nombre de femmes ne réalisent pas à quel point leur amant qui se laisse ainsi caresser leur montre sa confiance totale. On le sait bien, dans le pénis se concentre la virilité de l’homme, et sa fierté.

Mais c’est aussi, et forcément, son point le plus sensible, le plus protégé, le plus vulnérable. Lorsqu’il permet à une femme de s’en emparer, de le prendre dans sa main, ou dans sa bouche, il ne l’humilie pas, bien au contraire, il l’honore, il lui signifie sa confiance totale. « Il te suffirait d’un geste pour me faire effroyablement mal, mais je sais que tu ne le feras pas ». Prendre le sexe de son amant, son bien le plus précieux, entre ses lèvres, ça n’est pas s’abaisser, c’est prendre le pouvoir, c’est se rendre maîtresse de son plaisir.

Il lui dit « je m’abandonne à ta caresse, dispose de mon corps », et elle lui dit « je vais te faire vivre un moment d’extase, parce que j’ai envie de toi, parce que j’ai envie de ton plaisir ». Peu importe que ce soit debout, couchée, à genoux ou dans les positions les plus acrobatiques, cette caresse n’est ni dégradante ni humiliante, elle est un cadeau réciproque, un lien de plus dans l’intimité et la complicité du couple. Certaines le comprennent et le ressentent si fortement que leur propre excitation augmente à mesure que le sexe de leur partenaire durcit entre leurs lèvres, jusqu’à atteindre l’orgasme simultané, qu’on pourra avec justesse appeler « par procuration » en même temps que leur amant. N’est-ce pas là une magnifique démonstration de plaisir partagé ?

Alors, certes, il se trouvera toujours quelques hommes des cavernes prompts à considérer qu’une femme agenouillée est une esclave docile, tout comme il existe des femmes qui doutent de leur statut et de leur image au point de vivre le plus petit abandon d’elles-mêmes comme une humiliation. Mais vous, femmes libres et hommes raffinés qui parcourez les allées de notre Jardin, savez bien qu’il n’en est rien, et qu’en amour, chaque caresse enrichit au moins autant celui qui la donne que celui qui la reçoit.



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